Lundi soir avait lieu le traditionnel débat d’orientation budgétaire, débat censé informer le conseil municipal sur la situation financière de la ville et présenter les grandes orientations pour l’année.

L’organisation de ce débat est une obligation pour le maire de Creil, une obligation qui lui pèse affreusement, il nous l’a prouvé malgré lui.

Ecroulé sur sa chaise, avachi, il a paru d’abord découvrir les feuilles qu’il avait sous les yeux, puis il a relevé un peu la tête et s’est mis à divaguer, à nous parler de Trump, du Brexit, du terrorisme, de toutes ces choses qui permettent à peu de frais d’atténuer sa responsabilité, de faire un peu diversion… Il nous a dit tout ça à moitié assoupi, en baillant parfois à s’en décrocher la mâchoire.

Il s’est ensuite essayé à l’exercice de la synthèse à partir des documents qu’il a adressés  aux élus en vue du débat. Echec cuisant. Il a renoncé à la deuxième page. Comment pouvait-il en être autrement ? Les documents en question sont une honte ! Des fautes d’orthographe partout, une ponctuation à la logique insaisissable, des phrases isolées sans lien avec ce qui les précède ou qui les suit, des formules en langage télégraphique, et je ne parle même pas des paragraphes dont les numéros ne se suivent pas… Comment peut-on faire une présentation claire à partir d’un texte aussi  chaotique ? Qui a écrit ça ? Le Maire ? Et surtout, comment peut-on oser rendre public un document pareil ?

Bien sûr, nous nous en sommes indignés tout haut, pensant qu’une charge sur un sujet aussi grave plongerait le maire dans l’humiliation, ou à tout le moins l’acculerait aux confins de la honte.

Tu parles…

Pour toute réponse, le maire nous a adressé un haussement d’épaules.

Face au malaise de la salle, un élu communiste s’est dévoué pour défendre l’indéfendable. Il nous a rétorqué que « les broutilles d’orthographe, c’est pas grave ».

Si si, il a osé ! Ce serait risible si cet élu n’était pas par ailleurs un professeur qui exerce dans un lycée public…

Nous nous sommes également indignés lorsque le Maire nous a commenté des tableaux chiffrés dont les totaux sont complètements faux. Des broutilles ça aussi ? Manifestement oui, le Maire nous a répondu par un autre haussement d’épaules.

S’agissant enfin de la dégradation des finances de la ville, nous avons démontré avec exactitude qu’elle se poursuivait.

Face à l’état des lieux financier accablant que nous avons brossé,  le maire a cette fois brandi son joker : il n’a pas augmenté les impôts.

Certes, il n’a pas augmenté les impôts, mais la réalité, c’est qu’il ne peut plus le faire, la pression fiscale à Creil nous place déjà dans le peloton de tête des villes qui nous sont comparables.

C’est d’ailleurs cette pression fiscale qui l’oblige à avancer masquer, à trouver des parades, des biais pour faire les poches aux creillois. Ne pouvant augmenter ouvertement les impôts sans susciter un tollé, il a décidé de se refaire cette année en augmentant les tarifs des services municipaux (cantine, médiathèque, piscine, école de musique…), pensant sans doute que la hausse passerait sans bruit…

Même nos communistes de Creil, qui d’ordinaire sont d’une naïveté consternante, ont détecté  l’entourloupe. Lors du conseil municipal de décembre dernier, ils avaient, à notre grand étonnement, refusé de voter cette hausse des tarifs. Nous avions alors salué cette sortie courageuse et ce retour de la gauche radicale et intransigeante sur ses principes !

Mais notre enthousiasme n’a été que de courte durée.

Nous pensions que par souci de cohérence, les communistes refuseraient de voter le budget 2017, puisqu’il intégrera ces hausses de tarifs. Or, non seulement ils ont annoncé qu’ils le voteront, mais leur porte-parole en a profité pour renouveler publiquement son allégeance au maire de Creil, en usant pour cela de formules d’une bassesse inouïe. Qu’a-t-il bien pu se passer entre ces deux conseils municipaux pour que les communistes passent ainsi de l’opposition franche à la génuflexion ? Je l’ignore. Je suppose qu’on a du parler indemnités…

Pour conclure, je dirais que ce « débat » d’orientation démontre, s’il en est encore besoin, le peu de cas que le maire de Creil fait de son conseil.

Un tel « j’m’en foutisme » est indigne.

Par son comportement, par les documents qu’il ose présenter publiquement, par le mépris qu’il affiche à l’égard du débat démocratique, le maire de Creil abaisse sa fonction, abaisse ses élus, et malheureusement pour nous tous, abaisse aussi la ville.Ce triste constat, qui est je crois une évidence pour tout le monde, je suis sûr que le maire de Creil l’accueillera avec un énième haussement d’épaules…

Abdelaziz RIFI SAIDI