Un de mes premiers souvenirs professionnels forts est la naissance de Julien, en 1982, à l’hôpital de Creil. C’était le premier accouchement auquel j’assistais en temps qu’étudiante en médecine et quand ce petit garçon est né, l’émotion était pour moi si forte que des larmes de joie ont inondé mes yeux.

Si l’organisation des soins et les politiques de santé publique nous préoccupent tous, ce qui concerne la maternité et les accouchements a une place à part dans nos imaginaires et notre réflexion.

À ce titre, et en temps que médecin à Creil, il m’est impossible d’imaginer et d’envisager la fermeture de la maternité. Un bassin de 86.000 habitants ne peut régresser en perdant ce service, présent depuis l’ouverture de l’hôpital. La plupart des grossesses ont un suivi simple, et une grosse majorité d’accouchements se passe sans problème particulier. Pour autant cet endroit où l’on naît, la maternité, est un lieu particulier dans lequel les parturientes attendent d’être accompagnées, et protégées dans ce temps qu’est le suivi de leur grossesse, l’accouchement et ses suites.
Les familles, elles, veulent un lieu accessible, ouvert et bienveillant pour les proches venues admirer le bébé. Et les équipes soignantes doivent à la fois être discrètes dans un accompagnement minimum quand les choses se passent bien, et rapidement efficaces quand il y a un problème.

L’idéal d’organisation est celle de petites structures, voire même de la mise en place d’unités mobiles d’accouchement à domicile, avec un suivi pré et post accouchement comme cela se fait déjà dans les pays du Nord de l’Europe. Et il n’est pas certain, qu’à long terme ces façons de faire soient plus couteuses que nos grands services d’accouchement car elles diminuent les risques d’infections nosocomiales et sont surtout garantes d’un suivi encore plus personnalisé. Donc une grosse structure, réalisant plus de 2000 accouchements par an n’est pas la solution pertinente à mon avis.

La question est cependant d’assurer un service de qualité dans deux maternités à une dizaine de km de distance et à moins de 20 minutes l’une de l’autre. De la même façon que se pose d’ailleurs la question plus globale du nombre de praticiens qui exercent sur notre territoire. Car nous connaissons la difficulté de, tout simplement, nous faire soigner ici et de nombreux habitants cherchent un médecin traitant quand la majorité des médecins sont débordés de travail. Nous devons nous battre pour sauver notre maternité comme nous devons exiger de pouvoir nous soigner. Pour la maternité, la fragilité numérique des équipes soignantes impose un rythme de garde infernal, et dangereux, pour le personnel comme pour les personnes soignées si cet état de stress professionnel perdure.

Ce problème de manque de praticien est récurrent sur notre territoire, et même globalement dans notre pays, nous en avons tous conscience et le vivons cruellement. Et le transfert éventuel de la maternité de Creil vers Senlis, peut, en outre, faire supposer celui des unités de pédiatrie et de réanimation pédiatrique.

En outre, la question primordiale va être celui du déplacement des femmes et des familles, comme des personnels. Tout le monde n’a pas la possibilité de se déplacer de façon autonome, et pour les soignants en particulier, ce déplacement à un coût.

Ce constat, autant de passion que de raison nous enjoint à dire non à la fermeture de la maternité de Creil.

Isabelle Maupin

Génération Creil

2 réponses à Non à la fermeture de la maternité de Creil